Lee Chanhyuk – EROS : le deuil en musique version K-Pop

Article par Hillary.

Crédit : YG Entertainment @akmuofficial

Dans son 2ème album solo sorti le 14 juillet 2025, l’artiste Lee Chanhyuk, aîné du duo AKMU, se pose en narrateur de l’histoire d’un homme dont la vie bascule à cause de la mort d’un être cher. Loin des sonorités pop et colorées qu’il propose avec sa sœur Lee Suhyun, cet album se veut sombre et introspectif. Au travers de 9 chansons, le personnage principal de cette histoire contée par l’artiste semble vivre différentes étapes du deuil. 

L’album s’ouvre sur le saisissant SINNY SINNY, qui s’apparente à un requiem moderne. Avec sa chorale d’inspiration gospel et ses paroles faisant référence à la douleur du deuil d’un être cher, le titre nous présente les éléments principaux de l’album. L’histoire commence sur un moment lourd. Le personnage principal vient de soudainement perdre son ami dans l’indifférence générale et l’immensité de Séoul. Il s’agit de la première phase du deuil : le choc. 

C’est dans Out Of My Mind, que notre protagoniste entre dans une autre phase de deuil, la tristesse. Sur fond de synthwave, Chanhyuk nous conte les déboires du clown triste qui malgré tout doit continuer à monter sur scène et divertir car sa vie en dépend. Le genre musical et le thème de la chanson rappelle fortement le titre phare de son album précédent, Panorama. 

Avec son rythme swing et son refrain entêtant, Vivid Lala Love pourrait presque nous faire croire à un répit dans la spirale infernale que vit le personnage principal. C’est sans compter sur les paroles qui nous donnent des informations cruciales sur l’homme décrit dans SINNY SINNY. Il semblerait que sa joie de vivre s’était visiblement effacée bien avant sa mort. Seulement, personne n’avait osé prendre de ses nouvelles, pas même notre protagoniste. On comprend alors que la mélodie faussement joyeuse du titre n’est qu’un moyen pour lui d’échapper à son sentiment de culpabilité. Il tente alors un marchandage désespéré avec la personne déjà disparue. 

Le cheminement chaotique de notre protagoniste se poursuit dans TV Show, une chanson à la ligne de basse addictive et aux synthétiseurs tout droit sortis des années 80. Les paroles sont encore une fois en totale opposition avec la mélodie légère. Notre héros s’enfonce davantage dans une forme de déni en s’efforçant de camoufler son mal-être. 

Endangered Love, la chanson phare de l’album, marque un tournant dans l’histoire de notre protagoniste qui fait enfin face aux limites de son déni et déplore la disparition de toute forme d’amour dans le monde qui l’entoure. Les interactions entre Chanhyuk et ses choristes ressemblent davantage à un dialogue qu’à une amplification des paroles, suggérant ainsi que notre personnage principal s’éloigne petit à petit du reste du monde pour se recentrer loin du regard d’autrui.

S’ensuit dans Eve une dernière phase de marchandage et de déni, où il s’accroche aux derniers souvenirs de cet amour perdu que « même le paradis ne peut diviser ». Cette chanson, qui rappelle « Versace On The Floor » de Bruno Mars, dénote du reste de l’album de par ses sonorités R&B et son ambiance davantage sensuelle. Cela appuie davantage l’idée que notre protagoniste tente de s’accrocher en vain à ses désillusions. 

Avec ses sonorités pop rock intenses qui contrastent avec la voix fluette de Chanhyuk, l’énigmatique « Andrew » marque la phase de résignation. Dans ce qui semble être un dernier au revoir à son proche disparu, le protagoniste réalise l’étendue des sentiments qu’il avait ignorés tout ce temps. Cela est marqué par l’accompagnement instrumental qui grandit en intensité tout au long du morceau. 

TAIL et Shining House représentent deux aspects différents de la phase d’acceptation du deuil. Dans TAIL, une ballade rock mystérieuse, le personnage principal se rappelle d’une époque où lui et son proche partageaient encore des rêves de grandeur avant d’emprunter des chemins différents. Dans Shining House, le héros se tourne vers l’avenir. Il fait état de ce que sera sa nouvelle vie avec le deuil. Il accepte enfin que chaque point de lumière ait une part d’ombre et que sans le négatif, on ne pourrait pas être en mesure d’apprécier les choses positives à leur juste valeur. 

Avec EROS, Lee Chanhyuk nous montre une nouvelle facette de son univers artistique. Il aborde avec élégance et honnêteté la complexité des premiers instants du deuil sur des sonorités entraînantes. Avec ses références musicales portées sur les genres musicaux phares des années 70 et 80 (funk, disco et swing), l’artiste (accompagné de ses musiciens et de sa chorale 100% féminine) réussit à apporter du rythme et de la vivacité à la profondeur de ses textes. Excentrique mais perfectionniste, Chanhyuk s’est aussi investi dans l’ensemble de l’identité visuelle de cet album, des chorégraphies aux clips vidéo en passant par les costumes de ses musiciens. On a hâte de voir jusqu’où l’artiste peut nous emmener.

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